Philosophie

«Imaginer ne consiste pas à «inventer» des éléments extraordinaires mais principalement à s’imprégner et organiser différemment le passé, les lieux ou les autres cultures nous livrent d’idées, de processus, de formes ... l’un des fondamentaux reste bien le lieu, le site et sa prise en compte dans ses interactions avec l’humain.» A.Siza, Imaginer l’évidence, 2012

Le Lien perceptible : l'architecture un lien entre l'homme et son environnement 

 

 

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CHABRIER Cédric, 2015, Escalier du Palais des Congés et des réceptions, Rome, Photographie. Architecte : Adalberto Libera. 1937.

 L'architecture révèle le paysage

Depuis quelques années, l’intérêt qui se manifeste en France et en Europe, pour le paysage n’est pas une mode, ni même un “phénomène de société”. C’est un véritable fait de civilisation, qui correspond à une évolution profonde des mentalités. Elle met en exergue le rapport sociétal à l’environnement naturel.

Le développement rapide qu’ont connu les sociétés et les économies occidentales depuis la Seconde Guerre mondiale s’est accompagné d’une exode rural, d’une urbanisation massive et d’une dégradation de l’environnement qui pouvaient donner à penser qu’elles avaient perdu de vue le paysage.

Nos sociétés prennent conscience de la valeur des paysages que leur croissance risque de détruire. Or aujourd’hui, le paysage fait l’objet d’un intérêt renouvelé dans tous les domaines de la vie sociale, intellectuelle, littéraire et artistique.

Combinaison d'éléments naturels et anthropiques, il est une entité construite, issue des dynamiques du territoire. L'action de « bâtir » participe à cette évolution, positionnant l'architecte au coeur de la problématique.

Certaines architectures ont une capacité à évoquer, révéler ou embrasser un paysage. Ces oeuvres semblent dépasser la résolution d’une édification ponctuelle pour s’inscrire dans des horizons plus larges et manifester une appartenance géographique, un ancrage culturel, des résonances mémorielles faisant écho aux contextes qu’elles modifient.

Cette architecture réunit des héritiers du mouvement moderne qui proposent une interprétation critique de l’architecture universelle issue du mythe moderne du progrès. Ils prônent une démarche contextuelle, s’exprimant aujourd’hui comme la recherche d’un lien entre une architecture et le paysage dans lequel elle s’inscrit.

 

 

 

 

 

Maion du Thé de Alvaro Siza

Maison du Thé de Alvaro Siza

L'architecture révéle les sens du lieu

Certaines oeuvres illustrent l’intention, de recréer un rapport intelligible entre le visiteur et son environnement.

On y observe un certain nombre de procédés, à savoir un travail sur les diverses échelles de perception du paysage, une réflexion sur l’implantation des édifices, l’usage de la géométrie, le réglage de proportions et orientations des espaces, l’idée de parcours ménageant des vues et cadrages spécifiques, ainsi qu’un travail sur la lumière, les ambiances, les matières. Des oeuvres complètes qui jouent à différentes échelles allant du paysage, à l'architecture, et jusqu'aux détails.

 

 

 

 

Photographie voyage à Porto Cédric Chabrier

Photographie voyage à Porto Cédric Chabrier

L'espace à la mesure de l'homme

Tout au long de ces deux années d’étude, je me suis interrogé sur notre perception de l’espace à travers nos sens, et de l’effet que l’architecture du lieu produit sur nous.

Les échanges croisés entre théorie — projet — arts — voyages, m’ont permis de comprendre que nous établissons une étroite relation entre l’espace et notre corps et que l’architecture est l’art d’une réconciliation entre nous et le monde.

Cette réconciliation passe par l’abandon d’une architecture nihiliste représentative, aujourd’hui, de notre société de consommation excessive. L’ouvrage de Georges Perec intitulé « Espèce d’espace », souligne l’importance d’une interaction quotidienne entre l’architecture et l’homme, afin d’éviter une opacité, une forme de cécité, une sorte d’anesthésie de notre capacité corporelle de vivre le monde, notre environnement.

 

 

 

Cédric Chabrier

Voyage à Rome

L’homme doit rétablir une relation avec l’environnement dans lequel il évolue. Cette relation ramène à positionner l’architecture dans une de ses responsabilités fondamentales, celle de l’effet qu’elle produit sur nous et donc sur notre environnement.Le rôle de l’architecte et de l’urbaniste est de maintenir cette relation dans l’aménagement du paysage à travers l’architecture. Chaque lieu, chaque espace est différent de celui qui suit ou le précède. Certaines « écoles régionales », grâce à des architectes raisonnés ont su préserver le « genius loci » en produisant une architecture sensible et intelligente. Ils ont su déconditionner le monde dans lequel nous vivons, et révéler l’évidence particulière des lieux. Pour Alvaro Siza, l’architecte doit pouvoir être qualifié d’humaniste au sens ou il cherche à servir avant tout les hommes pour lesquels ces bâtiments sont destinés.

Le projet architectural ne se suffit pas à lui-même. Il ne peut exister dans sa simple représentation plastique et technique sans relation avec son contexte. Cet environnement est interprété par le regard de l’architecte.

Le lien invisible

La compréhension du paysage enrichit ou donne sens au projet architectural qui doit maintenir le lien invisible, le sens des choses, l’évidence perceptible du monde par chacun de nous, au travers de nous-même.

Poursuivre la compréhension complexe du paysage, du lieu et du contexte permet d’assimiler ce savant équilibre entre Architecture et Paysage.

 

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